CHER LECTEUR,
s’il pouvait se présenter une possibilité, une seule
possibilité, une seule fois dans ta vie, aussi infime fût-elle, que tu
puisses prendre goût au grand déballage, répété, jour après jour,
semaine près semaine, de chairs purulentes,
s’il s’avérait que
la manipulation d’organes devenus inopérants réveille, venu du tréfonds
de toi-même, jusque là insoupçonnée, une certaine jubilation, sinon une
inclination nécrophile,
si, tout en entretenant des relations de
bon voisinage avec la mort, tu en venais à pousser la perversité
jusqu’à faire montre d’une sensiblerie affectée,
si, animé par
la seule, irrépressible et désormais si commune envie de parler de ta
personne, parler et faire parler de toi quoi qu'il en coûte, de préférence devant la
fécale de la caméra, si tu en arrivais à cultiver le vice de te donner
en spectacle pour faire le récit de ton expérience avec la mort,
racontant, avec force bons mots et pleurnicheries, combien celle-ci t’a
été pénible – nul doute qu'un cher éditeur de France arrachera l'exclusivité de tes annales excrémentielles –, alors, cher lecteur, de grâce, ne va pas au-delà de cette
ligne : passe ton chemin, et va voir ailleurs si ton trou du cul y est,
car, assurément, tu n’as rien à gagner à AUTOPSIE DE MINUIT, et, à te
perdre, AUTOPSIE DE MINUIT a tout à gagner ;
si, au contraire, ce n’est pas trop demander à ta sensibilité que de côtoyer le spectacle peu ragoûtant de la mort,
si la vue des viscères ne t’incommode pas outre mesure,
si la grande proximité de la putréfaction et des effluves pestilentielles ne te sont pas cause d’étourdissements,
si
la mise à nu du cadavre, de sa mise en pièces on ne peut plus
répugnante, membre après membre, organe après organe, de leur
dissection, sous toutes les coutures, et de leur exposition sous la
lumière la plus crue, n’altère en rien tes facultés de jugement,
si,
après les haut-le-cœur, après les nausées, après les régurgitations
inopportunes à grand-peine contenues, après les efforts incessants sur
toi-même pour refréner la pulsion morbide, si tu persistes à vouloir
soutenir, droit dans les yeux, le regard ignoble de la mort, alors,
cher lecteur, à ces conditions, et à ces conditions seulement, ne
t’arrête pas en si bon chemin, car la chose est entendue : AUTOPSIE DE
MINUIT est pour toi. Mais avant d’aller de l'avant, cher lecteur,
prends garde et l’avertissement qui va suivre au propre comme au figuré
: ça va saigner.
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